Art et Collectibles

Ce que l'on doit savoir sur les artistes contemporains Iraniens

Bérénice Robaglia

9 min

shirin neshat

Introduction 

A travers les siècles,  l’Iran a souvent été considéré comme le berceau de l’humanité et de la culture. Bien que la succession de gouvernements autoritaires aie entravé le développement des artistes, forcés de quitter le pays après la révolution de 1979, la position géopolitique du pays a toujours favorisé l’art. Aujourd’hui, malgré la crise économique et les sanctions du gouvernement américain, de plus en plus d’artistes et de galeries participent activement à la création et préservation de la scène artistique de Téhéran. De même, de nombreux mécènes encouragent la production et les expositions avec des investissement importants dans le secteur culturel. Et l’engouement pour l’art iranien est aussi très fort en occident; beaucoup de grandes galeries occidentales- Perrotin, Lisson Gallery, Thaddeus Roppac, Rodolphe Janssen ou Gagosian-, représentent des artistes iraniens en réponse à un intérêt croissant mondial pour la scène artistique Moyen-Orientale. C’est pourquoi nous avons passé en revue quelques artistes iraniens contemporains que nous apprécions particulièrement.

Histoire, Politique et Art

L’Iran est l’une des cultures les plus influentes au monde, avec des innovations sociales, économiques et urbaines remontant à 7000 avant JC. Les empires successifs qui ont gouverné l’Iran après l’invasion d’Alexandre le Grand en 330 avant J.-C. ont encouragé l’art et le commerce en maintenant un leadership culturel, tout en liant les religions et les découvertes scientifiques Européennes, Asiatiques et Africaines. L’islamization du pays débute dès la conquête musulmane de la Perse de 633 à 654,et en 1501 l’islam Chiite est déclarée la religion d’état, en même temps que l’indépendance du pays. Depuis, l’Iran fut dirigé par des empereurs presque sans interruption jusqu’en 1979, lorsque l’Iran devenu officiellement une République islamique.

Après la révolution, l’Iran a subi plusieurs conflits, tensions diplomatiques et rébellions populaires. Le gouvernement autoritaire et conservateur a souvent réprimé la liberté d’expression, donnant aux artistes des raisons de revandiquer, leur patrimoine culturel et leur émancipation intellectuelle. Pendant la période moderne, l’ académisme s’achève dans les années 1940 avec la mort du célèbre peintre persan, Kamal-ol-molk. L’ouverture de la galerie Apadana à Téhéran en 1949, et l’émergence d’artistes comme Marcos Grigorian (1925-2007) dans les années 1950, témoignent d’un engagement en faveur de la création d’un mode de production enraciné en Iran. Puis sont apparues de nouvelles pratiques artistiques, caractérisées par l’école Saqqakhaneh qui a fortement influencé le cours de l’histoire de l’art iranien en valorisant le symbolisme islamique. Dans un contexte politique de rapprochement politique entre l’ouest et l’Est, les artistes iraniens profitent alors d’une grande popularité auprès des galleries et collectionneurs occiendentaux. En effet, à cette époque, plusieurs galeries ouvrent à Téhéran et des artistes participent à des foires artistiques. En 1977 est fondé le Musée d’art contemporain de Téhéran, exposant une importante collection d’art occidental et iranien. Après la révolution islamique de 1979, la production artistique se concentre sur  la guerre de l’Iran avec l’Irak (1980-88). En effet, de nombreux artistes ont répondu à ses horreurs avec de l’art graphique, comme la photographie et des affiches puissantes (par exemple, Sadegh Tirafkan a complété une série de photos en mémoire de ses proches morts à la guerre). À l’extérieur du pays, des artistes émigrés ont abordé, entre autres, les sujets « interdits » comme la religion, la révolution, les femmes et la violence.

Actuellement, la scène artistique contemporaine en Iran mélange de nombreux récits. Malgré sa position socio-politique difficile et la censure qui a beaucoup contraint  la créativité iranienne, les artistes contemporains iraniens ont travaillé à créer un discours universel pour s’établir dans la scène artistique mondiale. En même temps, ils doivent faire face à des difficultés économiques majeures dues en partie à la répression politique et aux sanctions américaines.

10 artistes iraniens contemporains

Ayant traversé tant de bouleversements politiques et sociaux, en plus d’avoir une longue histoire et de riches traditions culturelles, inspire ses artistes contemporains talentueux. Nous en présentons ici quelques-uns :

1- Nazgol Ansarinia (née en 1979 à Téhéran, en Iran. Vit et travaille à Téhéran) créé avec divers médias ; la vidéo, les objets 3D, les panneaux de rue et le dessin. Dans sa pratique, Ansarinia se concentre sur les tensions entre les mondes privés et le vaste domaine socio-économique. Elle a représenté l’Iran à la 56e Biennale de Venise et à la 10e et 12e Biennale d’Istanbul. Ansarinia a également participé à l’exposition Iran Inside Out au Chelsea Art Museum, New York, en 2009. Elle a finalement reçu le prix Abraaj Capital Art en mars 2009.

2- Avish Khebrehzadeh (Né en 1969, Téhéran, Iran. Vit et travaille à Washington, D.C.) adopte une pratique oétique, onirique et pleine d’ambiguïté notamment dans ses peintures, ses dessins, et ses animations inspirées par son expérience d’immigrante et des contradictions entre son éducation occidentale et son patrimoine oriental. Elle a exposé partout dans le monde dans des institutions comme le Rhode Island School of Design Museum aux États-Unis, MAXXI à Rome, et le Museum of Old and New Art en Australie. Elle a également participé à la Biennale d’Istanbul, à la Biennale du Film Kunst de Cologne et à la Biennale de Venise en 2003.

3- Shirazeh Houshiary (née en 1955 à Chiraz, vit et travaille à Londres), est un sculpteur qui intègre une forte influence persane dans son travail. Son idéologie s’inspire de la doctrine mystique soufie et de Jalal ad-Din Muhammad Rumi, un mystique persan et poète du 13ème siècle. Son travail a été présenté dans de nombreuses institutions telles que le Museum of Modern Art à New York et The Tate à Londres. En 2005, Creative Time lui a demandé, à elle et à Pip Horne, d’exposer dans l’espace public de New York. En 2005 (Veil) et 2008 (Shroud)] elle a travaillé avec le studio d’animation Hotbox Studios pour créer une installation pour Lehmann Maupin Gallery à New York et Lisson Gallery à Londres.

4- Mahmoud Bakhshi Moakhar (Né en 1977, Téhéran, Iran. Vit et travaille à Téhéran) est surtout connu pour ses vidéos et installations où il réagit sur l’histoire récente de l’Iran, surtout à travers une recontextualisation du symbolisme officiel de l’art de la propagande iranienne. Il a montré son travail dans les institutions européennes (Tate London, Der Daimler Kunst Sammlung) et les galeries (Thaddeus Roppac, Narrative Gallery, Londres) et aussi dans plusieurs musées en Inde et en Iran. Il a également participé à la Biennale de Venise 2013.

5- Shirin Neshat (née en 1957 à Quazvin, Iran, travaille et vit à New York, Etats-Unis) est surtout célèbre pour ses vidéos et ses photographies, où elle souligne les différents contrastes. Depuis la Révolution islamique, elle affirme qu’elle a cherché à faire de l’art un moyen d’exprimer la tyrannie, la dictature, l’oppression et l’injustice politique. « Bien que je ne me considère pas comme une activiste, je crois que mon art – peu importe sa nature – est un moyen de protester, un cri pour l’humanité. » Shirin Neshat a été reconnue d’innombrables fois pour son travail, depuis le Prix International de la 48e Biennale de Venise en 1999, jusqu’au Lion d’Argent du meilleur réalisateur au 66e Festival de Venise en 2009, d’être nommé Artiste de la Décennie par le critique du Huffington Post, G. Roger Denson.

6- Farhad Moshiri (né en 1963 à Shiraz, vit et travaille à Téhéran) joue à la fois avec la culture pop en la transformant en art figuratif. Elle créé un contraste avec le caractère enjoué de ses broderies colorées et scintillantes et les discordances de la politique Iranienne actuelle. Par ailleurs, une partie de son art remet aussi en question les limites du monde occidental. Moshiri a une grande couverture internationale; le Virginia Museum of Fine Arts à Richmond, la collection Farjam à Dubaï, et le British Museum à Londres; la Third Line Gallery à Dubaï, Galerie Emmanuel Perrotin à Paris, New York, Tokyo et Hong Kong, Rodolphe Janssen à Bruxelles et Thaddeus Ropac à Salzbourg et Londres.

7- Parastou Forouhar (Né en 1962, Téhéran, Iran. Vit et travaille en Allemagne.)Ses travaux sont engagés politiquement et témoignent des souffrances qu’elle a endurées depuis l’assassinat brutal de ses parents- activistes reconnus- en 1998. Dans son travail, elle utilise des médiums traditionnels comme la calligraphie et les symboles persans qui sont destinés à transmettre un sentiment de libération des contraintes. Forouhar a largement exposé en Iran et dans le monde entier dans des institutions et des biennales comme MANIF D’ART au Canada, le Musée Villa Stuck en Allemagne, la cinquième Biennale de Moscou, et la Biennale internationale d’art contemporain de Göteborg en Suède. Ses œuvres ont également été rassemblées par de grandes institutions telles que le British Museum de Londres et la Queensland Art Gallery en Australie.

8- Y.Z. Kami (Né en 1956, Téhéran, Iran. Vit et travaille à New York) communique un message philosophique traitant de la vérité et de l’humanité. A travers toute son œuvre - collages, sculptures, peintures abstraites, et photographies monumentales de sites islamiques - Kami invite ses spectateurs à penser au-delà de la connaissance commune des contextes culturels, doctrines religieuses, ou régions géographiques pour trouver un discours universel. Ses œuvres ont été exposées dans des institutions telles que le Metropolitan Museum of Art de New York, le Solomon R. Guggenheim Museum de New York et la Parasol Foundation for contemporary art de Londres.

9- Mohammad-Hossein Emad (né en 1957, Arak, Iran, vit et travaille à Téhéran) se concentre sur les implications philosophiques de l’existence et nos relations avec l’espace à travers ses créations multidimensionnelles. En adoptant un geste poétique, il dépeint la force motrice de la nature : les extrémités opposées d’un cycle et l’interconnexion entre des forces contraires. Emad est l’un des sculpteurs iraniens les plus célèbres et a reçu de nombreux prix, dont un diplôme honorifique de la quatrième Biennale de sculpture contemporaine de Téhéran en 2005. Il a été chargé de créer de l’art public pour des espaces à travers l’Iran, y compris le parc Gofteman de Téhéran et l’université Shahid Beheshti.

10-  Newsha Tavakolian (Née en 1981, Téhéran, Iran. Vit et travaille à Téhéran.) a commencé sa carrière à l’âge de 16 ans comme photojournaliste en capturant des combats au Kurdistan irakien et en Syrie. Tout au long de sa carrière, Tavakolian a couvert des événements tels que les soulèvements étudiants en Iran en 1999, la guerre en Irak et différentes élections présidentielles. Son travail s’est ensuite transformé en un mélange d’art et de photographie documentaire avec un accent sur les sociétés sur le point de changer. Elle a exposé à la Somerset House de Londres en 2014 (« Burnt Generation »), ainsi qu’au Victoria and Albert Museum, au Los Angeles County Museum of Art, au British Museum et au Museum of Fine Arts de Boston. Tavakolian a reçu de nombreuses distinctions pour son travail et est devenue une photographe associée de Magnum en 2017.

Conclusion

Des artistes les plus undergrounds aux plus populaires, la scène iranienne contemporaine mèle un engagement rebelle avec une touche traditionnelle, la rendant surprenante et complexe. Les œuvres d’artistes iraniens donnent au public une vision passionnante de la société iranienne et transmettent la préoccupation de l’Occident et de l’Orient. De plus, le creuset de traditions persanes mêlé à l’amitié passée du pays avec le monde occidental ajoute complexité et force à la production artistique iranienne contemporaine.

25 février 2020

Bérénice Robaglia