Art et Collectibles

[Convelio x Galerie Capazza] Episode 2 - Portrait de Laura Capazza

La Galerie Capazza se situe en plein coeur de la Sologne dans un patrimoine historique du XVIIème siècle superbement restauré, rattaché au château de Nançay. Dans un cadre exceptionnel, vous admirerez les oeuvres de 90 artistes de notoriété internationale de l’art contemporain. Nous nous sommes entretenus avec Laura Capazza...

Bérénice Robaglia

Galerie Capazza

Laura, vous animez un lieu hors du commun au cœur du Cher, terre romantique des romans d’Alain Fournier, pourriez-vous nous en parler ?

L’histoire du lieu est plutôt rocambolesque et fut initiée par mon père,Gérard Capazza dès les années 70. Animé d’une profonde conviction de la puissance de l’art comme moteur de progrès social, il quitte le milieu institutionnel pour se lancer dans la création d’un espace dédié à l’art. Seul et sans moyens financiers, mais habité d’une fabuleuse énergie, il s’installe d’abord à côté de Vierzon (Cher) dans une masure au fond d’un chemin sans issue. Son enthousiasme étant sa seule arme de persuasion, il peine à convaincre des artistes de choisir son lieu pour créer. Parmi les utopiques croyant à la force des endroits hors de Paris, une créatrice de bijoux se décide à le suivre. Et c’est en visitant le lieu avec sa petite sœur, Sophie, que l’histoire début réellement puisque je suis directement issue de cette rencontre. Sophie -ma mère - soutiendra le projet de mon père et, ensemble, ils feront évoluer le lieu à l’époque dit “Grenier de Villâtre”. De fil en aiguille, les rencontres et le destin les mènent à acquérir une maison à Nancay où ils s’entourent de passionnés d’art et de culture. Parmi les membres de cette communauté, il y a la fille du châtelain du village qui cherche des porteurs de projet pour retaper un corps du logis tombant en ruine. Mon père, même si tenté n’ose pas, c’est ma mère, qui, surement dans la fougue de la jeunesse - elle a dix ans de moins - le pousse à relever le défi ! C’est comme ça que le “second grenier de Villâtre” devient la “Galerie Capazza”. Liés par le goût de l’art et de l’engagement créatif, ils inaugurent avec leurs artistes le lieu en 1981. La galerie Capazza, c’est plus qu’un lieu, c’est une histoire, des rencontres… c’est un état d’esprit ! Pour nous, c’est à dire la grande famille que nous formons avec les artistes, ce lieu n’a de sens que parce qu’il est ouvert à tous et que depuis plus de 40 ans, il rassemble grâce au langage universel qu’est l’art.

Et vous Laura dans cette histoire de famille…

Je rejoins cette histoire en 2009 avec mon mari, Denis Durand. En 2015, je reprends la Présidence de la galerie et nous continuons à exposer les artistes avec qui mes parents se sont liés et qui m’ont vu grandir. Nous tentons de créer un environnement favorisant les rencontres, la contemplation, l’échange… nous souhaitons que tous ceux qui franchissent nos portes se sentent comme chez eux.

Pour les artistes exposant dans les lieux, comment cela se passe-t’il ? Souvenez-vous au début, convaincre 1 artiste était déjà un réel défi, aujourd’hui nous en avons 90 permanents. Notre capacité d’accueil reste faible puisque nous maintenons les relations entreprises par mon père, néanmoins, nous accueillons régulièrement de nouveaux artistes, principalement européens. Il y a un caractère engagé dans notre démarche, c’est un credo. Chacun de ceux présentés à la galerie le sont parce que nous croyons en eux et en la force de leur œuvre, peu importe leur niveau de reconnaissance.

Pourriez-vous me parler des événements à la galerie :

Nous ouvrons seulement le week-end pour pouvoir nous consacrer pleinement au support de nos artistes et à nos relations avec les collectionneurs le reste du temps. Après la fermeture annuelle entre Janvier et Mars, nous faisons vivre à nouveaux le lieu avec une exposition thématique. Cette année par exemple, en collaboration avec le musée Rodin, nous invitons nos artistes à produire en rapport avec l’œuvre du sculpteur.

Pourriez-vous me parler d’un artiste en particulier que vous représentez ?

Nous supportons l'œuvre de l’orfèvre d’origine géorgienne Goudji depuis 1977, ses oeuvres sont présentes en permanence à la galerie. Attachant une grande importance à l’unicité de ses pièces, il conjugue la technique de la dinanderie avec l’incrustation de pierres dures dans le métal, une innovation qu’il a élaborée seul.

Quelles sont les valeurs que vous tentez de transmettre ?

Depuis les débuts, le caractère pédagogique et l’effort investi dans la transmission sont au cœur du projet. La spécificité de l’espace en fait un lieu d’initiation à l’art idéal où l’individu est amené à vivre une expérience presque transcendantale par la découverte artistique. Comme dans la grotte de Lascaux, il y a dans ces murs une sorte de mystique à la création artistique.

Quels sont vos plus grands défis aujourd’hui ?

Il y en a plusieurs. Par exemple, faire évoluer l'histoire en continuant de faire vivre l’œuvre d’un artiste défunt. Il a également la problématique économique : faire venir le public dans un lieu isolé n’est pas toujours évident. Bien sûr, nous sommes soutenus par de nombreux collectionneurs qui viennent principalement de France et de Belgique mais aussi d’Europe pour visiter le lieu. Cultiver la reconnaissance institutionnelle et développer notre présence à l’international font également partie de nos objectifs. D’autre part, dans un cas critique comme celui vécu actuellement, l’isolement peut s’avérer angoissant pour certains et à la fois porteur puisque l’attrait pour le local va surement encourager les collectionneurs français à se rapprocher de leurs pays.

28 avril 2020

Bérénice Robaglia