Art et Collectibles

FIAC 2019 - Résultats & coups de cœur

Bérénice Robaglia

6 min

Le Grand Palais

Introduction 

Alors… Paris ou Londres, FIAC ou Frieze ? Après des mois d’attente, la 46ème Foire d’Art Internationale Contemporain a animé la ville lumière du 17 au 20 octobre.

C’est aussi l’avant-dernière édition qui se déroule sous le toit de verre emblématique du Grand Palais avant trois ans de rénovation. En effet, à partir de 2021 jusqu’à 2024, la foire aura un nouveau domicile : une croix géante faisant face à la tour Eiffel, réalisée par Wilmotte.

Toujours gérée avec brio par Jennifer Flay, la FIAC a enregistré son nombre de nouveaux exposants le plus important depuis sa création. Et c’est vers l’Afrique et le Moyen Orient que s’est tournée la tendance générale du salon. On relève par exemple de nouveaux pays sur la liste des exposants : Dastan Gallery (Téhéran) et Cécile Fakhoury (Paris, Marrakech et Dakar) ont représenté pour la première fois l’Iran et la Côte d’Ivoire. 

Avec 199 participants venus de 29 pays et une sélection grandiose d’œuvres dispersées, « Hors les Murs », dans les lieux les plus prisés de Paris, l’édition 2019 était très attendue.

La foire et ses événements satellites, participe grandement à l’influence de Paris sur marché de l’Art ; « Les collectionneurs sont venus à Paris pour la FIAC [...] » a déclaré Nathalie Obadia, « Pour la première fois, j’ai l’impression que la « semaine FIAC » est considérée à niveau égal que celles à Londres ou Bâle ».

Et cette impression se ressent aussi dans le nombre d’entrées qui a augmenté de 3% par rapport à l’an dernier avec 74 580 visiteurs. 

Même si les résultats de la FIAC sont satisfaisants et que le choix des marchands fut tout à fait à la hauteur, Londres maintient sa place de capitale meneuse ; du moins en termes de ventes. Pour Mathias Rastorfer, CEO et copropriétaire de la Galerie Gmurzynska, la FIAC attire une cohorte exceptionnelle d’amateurs d’art et d’institutions, élément essentiel pour la conclusion de belles ventes auprès de collections privées ou de musées.

I- La “French touch”

 

Alors que les marchands de la Frieze ont misé sur la peinture et les grands maîtres américains modernistes et postmodernistes, la FIAC l’a joué “bleu, blanc, rouge” en mettant en avant les icônes de l’art moderne français. Signe de support à la capitale française peut-être ?... Et, hors foire, les exposants se sont alignés sur les programmes des institutions françaises (mais aussi internationales). Par exemple, Patrick Seguin a consacré son stand aux créations de Charlotte Perriand tandis qu’une exposition extraordinaire honore la designeuse française à la Fondation Louis Vuitton. La galerie Lisson (Londres, New York, Shanghai) quant à elle, a axé son stand sur des artistes français contemporains comme Laure Prouvost, aussi choisie pour représenter l’hexagone à la Biennale de Venise cette année. La galerie Ceysson & Bénétière (Paris, NYC, et Luxembourg) de son côté a choisi de présenter l’art conceptuel des années 60/70 avec l’artiste français Noël Dolla; bien connu pour ses lignes et croix qu’il manipule  afin de questionner les techniques traditionnelles de la peinture. “Hors les Murs” du Grand Palais, Dolla a également rendu hommage à Mont, le pionnier - français - de l’art moderne, en revisitant ses Nympheas sous la forme de parapluies immergés dans l’étang du Jardin des Tuileries.

Et s’ils ne présentaient pas d’artistes français sur leurs stands, les exposants se sont alignés avec le programme d’expositions ”Hors les Murs”. On voit par exemple sur le stand de Victoria Miro une gigantesque fleur de Yayoi Kusama, faisait écho à l’encore plus gigantesque citrouille installée place Vendôme (à noter que la galerie a participé à l’installation de cette dernière en collaboration avec David Zwirner et Ota Fine Art).

II- Ce qui s’est vendu à la FIAC 2019

 

Nous avons résumé sous forme d’une liste, non-exhaustive, les résultats recueillis auprès des marchands par plusieurs enseignes de presse.

Hauser & Wirth (Switzerland, UK and USA) a vendu 16 pièces dès le premier jour, dont un collage de 2008 de Louise Bourgeois (1,8 M$), une peinture de Mark Bradford (1,2 M$), une toile d’Ellen Gallagher (750 000 $), un travail sur papier de Philip Guston (200 000 $); une toile de 2019 de Rita Ackermann (165 000 $). Les 3 premiers jours, la Thaddaeus Ropac Gallery, basée à Paris, Londres et Salzbourg, a vendu pour 6,9 M$; parmi les oeuvres achetées, une œuvre de 1990 de Robert Rauschenberg (1,7 M$), une peinture de 2019 de George Baselitz (1,3 M$), 3 sculptures métalliques d’Antony Gormley (519 000 $ chacune) ou encore deux grandes peintures de Yan Pei-Ming (625 000 $ chacune). Pace Gallery a également vendu un Robert Rauschenberg de 1996 pour 1,1M$ et beaucoup d’autres pièces comme 3 œuvres de Sam Gilliam (180,000 $ chacun), 13 œuvres sur papier par Yoshitomo Nara (entre 70 000$ et 90 000$), et une sculpture de Kiki Smith (75 000$), actuellement exposée à la Monnaie de Paris.

D’autres exemples d’excellentes ventes ont été réalisés sur le stand de David Zwirner : 3 œuvres de Sherrie Levine (320 000 $ et 750 000 $), six de Lucas Arruda (75 000 $ et 80 000 $) ou encore un plusieurs œuvres de Wolfgang Tillmans (35 000 $ à 150 000 $). La galerie bruxelloise Xavier Hufkens a vendu, entre autres, une grande sculpture en verre de Roni Horn (1 M$) et une œuvre de Tracey Emin (entre 400 000 $ et 500 000 $); 

Finalement, au cours des 3 premiers jours, la Galerie Nathalie Obadia reporte 30 œuvres vendues dont plusieurs peintures de Benoît Maire et une installation de Laure Prouvost vue au Petit Palais (prix non spécifiés).

III-L ’écosystème FIAC : un atout unique 

 

Le décor inimitable du Grand Palais a bien sûr son rôle à jouer son rôle dans le rayonnement de la FIAC. En effet, l’architecture iconique de ce lieu construite pour l’exposition universelle de 1900 incarne le style Beaux-Arts par excellence.

Wirth (de Hauser & Wirth) a déclaré : « L’atmosphère du Grand Palais est inégalée et fait de la FIAC la « princesse héritière » des foires d’art européennes. » 

Outre les ventes, les galeristes ont noté que la programmation satellite de la foire a contribué aux excellents résultats de la FIAC. En effet de nombreux évènements tels que la Outsider Art Fair, Asia Now et Paris Internationale ont attiré l’attention de nombreux collecteurs. Ceci accompagné de l’organisation par les maisons de ventes aux enchères de leur ventes du soir (comme celle de Christie’s le jeudi 17 octobre, où une peinture de Nicolas de Staël s’est vendue pour 22 M$) a créé une véritable effervescence dans la capitale. Thaddaeus Ropac déclare : « Il y a un réel sentiment de renaissance à Paris, c’est le moment pour la capitale de briller »

De plus, le programme “Hors les Murs” a permis aux promeneurs “sans tickets” de profiter de l’évènement : Place Vendôme, une gigantesque citrouille de Yayoi Kusama a participé à l’effacement définitif du tollé laissé en 2014 par le « plug anal » de Paul Mccarthy; deux installations mobiles - vraiment cool-  de Jean Prouvé font écho avec élégance à l’expo Perriand Place de la Concorde et enfin, le Jardin des Tuileries se laisse envahir à merveille par les installations de Lois Weinberger, Katinka Bock et Jenny Holzer. 

Conclusion

 

Le statut de Paris en tant que capitale européenne de l’art semble prendre de l’ampleur. Dans un contexte politique instable, nous sommes impatients de voir comment la France et sa capitale saisira cette opportunité pour briller en tant que capitale leader du marché de l’art en Europe.

 

 

3 novembre 2019

Bérénice Robaglia