Art et Collectibles

FRIEZE 2019 - Résultats & coups de cœur

Bérénice Robaglia

5 min

FRIEZE London 2019

Introduction

 

Probablement à la recherche de réconfort dans le climat instable de cette année 2019 - Brexit, manifestations à Hong Kong, crise climatique, sociale, politique… -  les galeries exposant à la Frieze 2019 à Londres ont misé sur des valeurs sûres ! 

Loin de la vidéo mania des éditions précédentes, cette année les médiums traditionnels sont mis en en valeur: peintures, sculptures, textiles et surtout grandes signatures s’affichent sur tous les stands ! Stratégie qui semble avoir marché si on en croit les résultats! « Quand une récession se profile, tout le monde retourne à la peinture. C’est l’équivalent de l’or en terme artistique », déclare l’artiste Shezad Dawood, (à voir section Live, University of Nondualism) Et en effet, allant de 5k$ à 6,5 millions, les ventes réalisées sur les stands des “blue-chip” et des galeries émergentes, ont plus que satisfait les 160 exposants venant du monde entier (édition la plus internationale depuis 2003). Parmi les nombreux VIPs du monde de l’art international, Convelio était là pour témoigner. 

 

1- Peintures & signatures

 

La peinture comme valeur refuge et la couleur comme “anti-depressif”, c’est la pensée qui semble avoir donné le ton à cette édition du salon. Par exemple, les peintures et les céramiques oranges réalisées par l’artiste américain Sterling Ruby (1972 - ) ont irradiées le stand de Gagosian ; deux des toiles de la série « Helios » furent vendues pour 350K$. Du soleil à la mer, les toiles océaniques de Donna Huncan (1981 - ) ont charmé comme le chant des sirènes sur le stand de Simon Lee, et furent intégralement vendues (50k$ à 75k$). Pour compléter notre voyage chromatique, nous avons rougi face à la puissance des huiles ardentes de Philip Guston. « Hand » réalisé en 1979 par l’américain décédé en 1980 fut d’ailleur vendu au prix record de 5M$ sur le stand de Hauser & Wirth dès le premier matin. La galerie suisse a complété ce succès avec la vente d’un Mark Bradford (1961 - ) pour 3.5M$ et d’un Mario Schifano (1934-1998) pour 988k$. Également le premier jour, la Galerie David Kordansky a vendu plusieurs tableaux d’Ivan Morley (1961 - ) de la série « Fadango » à des prix entre 40k et 85k$. Morley a présenté une oeuvre étonnante inspirée des peintures murales mexicaines et des villes californiennes prônant le mariage de l’artisanat et de la peinture.  Au cours de notre parcourt, nous avons été frappés par le stand de la galerie Lisson qui a honoré avec brio les œuvres de Joyce Pensato (1941 - 2019). En épousant son pop art sombre avec des peintures abstraites de Stanley Whitney, Lisson a vendu l’intégralité de son stand à des collectionneurs privés ainsi qu'à des institutions basées au Moyen-Orient et en Norvège. Thaddeus Ropac a vendu une œuvre de George Baselitz (1938 - ) pour 1,2M$ ainsi qu’une pièce d’Elizabeth Peyton (1965 - ) pour 575 K$. David Zwirner a vendu une toile abstraite - Manifestation (2018-19) - par Oscar Murillo (1986 - ) pour 400k$, une œuvre de Kerry James Marshall - Car Girl 2 (2019) pour 3.8M$ et une pièce figurative de Neo Rauch (1960 - ), Die Wandlung (2019) pour 1.5 M$. 

 

Les “blue chip galleries” ne furent pas les seules à conclure de bonnes affaires et les artistes émergents ont reçu beaucoup d'intérêt. Cette année, de nombreux stands présents dans la section Focus (galeries de taille moyenne à petite) ont enregistré d’excellents résultats. Par exemple, Tiwani Contemporary Gallery basée à Londres a vendu son stand au complet qui comprenait un solo show des œuvres de la jeune britannique Joy Labinjo (1994 - ) au prix de 12k$ la pièce. Timothy Taylor a vendu six grandes œuvres de son stand consacré uniquement au peintre américain Jonathan Lasker (1987 - ) - prix entre 65k$ à 200k$ - ainsi que trois plus petits tableaux au prix de 12k$ chacun. Grimm ( Espaces à Amsterdam, Londres et NYC ) a réalisé plus d’une douzaine de ventes, comprenant deux photographies de Dana Lixenberg (1964 - ) dont les prix varient de 16K$ à 22k$, et une peinture de Caroline Walker (1982 - ) acquise par un grand collectionneur privé asiatique pour 37k$. Finalement, la galerie a vendu une peinture par Loie Hollowell (1983 - ) une star montante que l’on voit partout, pour 75k$. 

 

2- “Woven” section

 

Tiré de la nouvelle section thématique « woven » commissionnée par Cosmin Costinas, les 8 galeries participant à cette exposition explorent les traditions autochtones et notre héritage colonial. Parmi nos coups de cœur, la galerie Nature Morte basée à New Delhi nous a impressionné par sa présentation solo des œuvres du sculpteur indien Mrinalini Mukherjee (1945 - 2015) - sujet d’une rétrospective du Metropolitan Museum cette année. Les œuvres les plus politiquement orientées ont été présentées par la Galerie Silverlens de Manille avec des pièces de l’artiste philippin Pacita Abad (1946-2004) comme Trapunto (1990) - qui s’inspire de son expérience d’immigrant à San Francisco et de ses recherches sur l’histoire de l’immigration américaine.

 

3- Frieze LIVE

 

La section Frieze LIVE dédiée aux performances artistiques explore avec brio le champ de la danse et de la chorégraphie. Divers artistes argentins et cambodgiens mettent en évidence dans leurs oeuvres le contrôle qui pèse dans la sphère culturelle de leur pays. Parmi les 8 galeries participant au projet, Gagosian a ouvert la section en montrant les innovations radicales du très reconnu chorégraphe William Forsythe. Thaddeus Ropac a honoré le centenaire du Bauhaus en organisant une série de spectacles de danse pensés par Oskar Schlemmer. Enfin, Jhaveri Contemporary (Mumbai) et Timothy Taylor (Londres) ont présenté la performance de Shezad Dawood : une chorégraphie explorant la relation entre tapisserie et architecture, ainsi que la « géométrie futuriste » de certains dessins islamiques.

 

Conclusion

 

Comme mentionné par le président et directeur général de la Pace Gallery, Marc Glimcher, malgré les nombreuses crises sociales et politiques dans le monde, « La Frieze 2019 a encore prouvé le pouvoir de l’art et des artistes à rassembler les gens ». Il a ajouté : « Comme toujours, les exposants ont fait un excellent travail. La chose la plus difficile à propos de Frieze est de résister à l’envie d’aller faire du shopping sur d’autres stands alors que vous devriez travailler sur le nôtre! ».

Le statut de Londres comme capitale européenne de l’art semble assuré. Nous sommes impatients de le comparer avec les résultats de la FIAC et de voir si les prédictions sur le sort de Paris comme nouvelle capitale #1 européenne s’avèreront exactes.

 

 

24 octobre 2019

Bérénice Robaglia