Art et Collectibles

Le 100e anniversaire du mouvement Bauhaus

Ayant vu le jour dans première partie du XXe siècle en Allemagne, le Bauhaus est né de l’idée de rassembler une école d’architecture et une académie des arts sous le même toit. Rejetant avec ferveur la pensée traditionnelle étouffant la production artistique, codifiant l’état d’esprit général et les méthodes pédagogiques, le Bauhaus fut à la fois une école et l'un des sous-mouvements les plus emblématiques du modernisme.

Bérénice Robaglia

8 min

Bauhaus

Introduction

Un siècle après sa création en 1919 par Walter Gropius, la vision du Bauhaus transcende toujours les créations artistiques des plus grands designers. Soucieux d’intégrer principes esthétiques et fonctionnels dans toutes les sphères artistiques, les racines expressionnistes et les idées socialistes véhiculées par les pionniers du Bauhaus eurent une influence majeure dans l’œuvre des grands maîtres de l’art et de l’architecture moderne.

Pour fêter l’anniversaire du Bauhaus, nous allons passer en revue les principales époques de l’école, rencontrer les membres les plus emblématiques du mouvement et comprendre l’impact de ses différentes localisations sur l’école et ses membres.

Les origines (Avant 1919)

Le Bauhaus s’enracine dans la pensée de William Morris (1834-1896), un designer britannique affirmant que l’art devait répondre aux besoins de la société, sans distinguer la forme de la fonction. Depuis la fin du XIXe siècle, la migration des idées et des artistes a influencé le mouvement «Art & Craft» d'avant-guerre en Allemagne, incitant la multidisciplinarité au sein des pratiques artistiques (oeuvre d'art totale) et initiant des concepts d'éducation dans les Beaux arts progressistes. Henry Van de Welde, artiste et architecte qui a joué un rôle important dans l'émergence de l'Art nouveau en Belgique, a fondé et dirigé l'école des Beaux Arts de Weimar de 1901 à 1915. Portant des idées avant-gardistes, Van de Welde initie depuis 1910 la transition entre les techniques artisanales et  industrielles en s’appuyant sur l’utilisation d’outils technologiques dans le domaine artistique. En 1915, il doit céder la direction de l'école et recommande à Walter Gropius de la reprendre.

Également architecte, urbaniste et designer, Walter Gropius est recommandé par Van de Welde pour diriger l’école lorsque celui est forcé de quitter. Gropius hérite de ses fonctions ainsi que les ateliers de formation, les machines et le matériel rassemblé par son prédécesseur.Fortement influencé par les idées radicales modernistes célébrant le progrès et la capacité d’expérimentation, Walter Gropius souhaite créer une école avant-gardistes affranchie de la sectorisation classique entre les arts. 

Inspiré par les directives du “Deutscher Werkbund” (i.e l’association nationale des designers allemands), Gropius souhaite importer les procédés rationalistes de la production industrielle dans la conception artistique. En 1919, il parvient à fusionner l’ancienne École des Beaux-Arts du Grand-Duché de Saxe-Weimar et l’École des Arts appliqués et proclame son objectif de "créer une nouvelle guilde d'artisans, sans distinctions de classe entre artistes et artisans.

Bauhaus Weimar (1919–1925​​​​​​​)

Fort de cette volonté d'insuffler un aspect pratique à l’art et à l’architecture dans un programme éclectique, Walter Gropius invite dès 1919 des artistes plasticiens, sculpteurs, dramaturges, designers, architectes et artisans à enseigner au Bauhaus. Les peintres Johannes Itten et Lyonel Feininger, ainsi que le sculpteur Gerhard Marcks présent depuis le premier jour ont été rejoints les années suivantes par l'artiste Oskar Schlemmer et les célèbres peintres Paul Klee et Wassily Kandinsky. Dès 1922, Theo van Doesburg commença à jouer un rôle important à l’international et vient à Weimar afin de promouvoir son mouvement De Stijl ("Le style"), suivi de la visite d’El Lissitzky, artiste et architecte constructiviste russe. De 1919 à 1922, l’école est façonnée par les concepts pédagogiques et esthétiques de Johannes Itten, un peintre expressionniste dont l’importance de la théorie atténue quelque peu l’influence de Kandinsky sur le corps professoral. En 1922, la vision portée par les peintres expressionnistes évolue lorsque l'architecte hongrois László Moholy-Nagy remplace Itten et réécrie le cours d'introduction obligatoire (i.e “vorkurs”).

Se ralliant au penchant de Gropius, pour le fonctionnalisme et la sobriété du design et de l’architecture très populaire en Allemagne à cette époque, («nouvelle objectivité» ou «nouvelle sobriété»), Moholy Nagy insiste sur l’apprentissage pratique, l’utilisation de matériaux industriels et le rapprochement entre les artistes, les artisans et même les ouvriers. D’autre part, l’Allemagne se doit de compenser son apport en matières premières déficitaires, réservé aux États-Unis et aux Royaume-Uni en misant sur une main-d'œuvre compétente capable de concevoir des produits innovants et de haute qualité. Il a placé les concepteurs et les artistes en tant qu'acteurs clés du rayonnement international de l'Allemagne. À partir de ce moment, le Bauhaus tourne son enseignement de façon à faire travailler les artistes au service de l’excellence industrielle. Forts de leur capacité à innover dans le respect des contraintes économiques, la grande dépression des années 20 n’a pas restreint la production des artistes, au contraire, ils recyclent alors des matériaux bon marché tels que des vinyles, du chrome ou du contreplaqué dans des créations de design.

Sentant la montée des tensions politiques en Allemagne et la radicalisation des idées de certains membres de l’école, Gropius prépare le déménagement de la faculté avant 1925, date à laquelle l’école de Weimar doit fermer à cause de fonds insuffisants. Déjà unanimement reconnu par ses confrères architectes pour son travail à Alfeld - la fabrique Fagus-Werk - Gropius est supporté par la ville de Dessau dans la construction d’un bâtiment de verre futuriste qui accueillera à partir de 1926 l'école et ses professeurs.

Bauhaus Dessau (1925–1931)

Gropius a toujours lutté pour créer un équilibre entre les visions artistiques individuelles et une production industrielle en série. Si l'école hérite des convictions expressionnistes incarnées par Klee et Kandisky, Gropius n'a cessé d'encourager le renouveau des professions artistiques, davantage tournées vers des solutions adaptées au quotidien du peuple.

La relocalisation du Bauhaus à Dessau favorise ce renouveau ; la majorité des produits et des bâtiments qui définissent encore l'image du Bauhaus aujourd'hui furent créés à ce moment là. En 1927, Gropius souhaite encourager la création architecturale et fonde un département dédié à cette pratique. 

En 1928, il recommande le chef du département, Hannes Meyer, architecte et urbaniste suisse comme nouveau directeur de la faculté. Les calculs clairs de Meyer et ses propositions rentables attirent et rassurent les investisseurs. Sous sa direction, le Bauhaus obtient deux de ses plus importantes commissions et commande la conception et la construction d’un immeuble de cinq appartements à Dessau et l’école des syndicats ADGB à Bernau; en 1929, le Bauhaus réalise un bénéfice pour la première fois.

Cependant, sa vision fonctionnaliste stricte, bannissant tout effort esthétique ajouté à sa pensée communiste radicale, aggrave les tensions internes et, en 1930, il est renvoyé par le conseil municipal pour «pratiques communistes». Poursuivant sur la lancée architecturale de l’école, la direction est endossée par un nouvel architecte, Mies Van der Rohe, dernier directeur de l’école et également le moins politisé. À peine un an après son entrée en fonction, le conseil municipal de Dessau est complètement dominé par le NSDAP. Essayant de sauver l’école et le matériel, Mies Van der Rohe organise le déménagement du Bauhaus dans une ancienne usine de téléphone à Berlin en 1932.

Bauhaus Berlin (1932–1933​​​​​​​)

Si les étudiants souffraient déjà du manque de références sociopolitiques et de coupes dans les lignes de produits depuis l’arrivée de Mies Van Der Rohe, la production créative devient presque impossible après la relocalisation à Berlin. En raison de la situation politique répressive et des budgets drastiques, de nombreux professeurs et étudiants quittent alors l'Allemagne. Afin d’éviter le contrôle de du Bauhaus par le régime, Mies Van der Rohe préfère dissoudre l'école en juillet 1933.

L’après (from 1933)

Ironiquement, la rupture de l'institution fait perdurer ses idées : l'émigration de nombreux professeurs, permet à la philosophie du Bauhaus de se répandre dans le monde entier, notamment aux États-Unis. Si l'institution appartient désormais au passé, ses idées demeurent, particulièrement aux Etats Unis où le courant transforme les méthodes pédagogiques et artistiques américaines.

De plus, l’ambition dominatrice des Etats-Unis, notamment dans le domaine artistique, architectural et technologique - secteurs clés au leadership américain - constituent un terrain fertile pour le développement du style Bauhaus aux USA. De la première exposition du Bauhaus en 1930 à Harvard à la seconde en 1932 au MoMa, les émigrés du Bauhaus sont rapidement vus comme des modèles pour le Nouveau Monde. En 1937, Walter Gropius se rejoint la faculté de la Graduate School of Design de Harvard et fait venir des designers modernes, dont Marcel Breuer, pour l’aider à réorganiser son programme d’études. La même année, c'est à Chicago que «l'IIT Institute of Design (ID)» est fondé en tant que “Nouveau Bauhaus” et met en place un programme d'art dirigé par László Moholy-Nagy. En 1938, Mies van der Rohe est appelé à rejoindre Moholy Nagy et à diriger l’école d’architecture de l’Armour Institute de Chicago. Le “Nouveau Bauhaus” a toujours une influence considérable sur le design et la technologie, par exemple, le mouvement de pensée conceptuel adopté au niveau mondial a émergé dans les années 2000.

Aussi appelé «style international», le style Bauhaus a marqué un changement de paradigme. Dans un contexte de révolution industrielle, lorsque la machine a remplacé l'artisan et que les produits fabriqués en série ont remplacé des artefacts artisanaux, le Bauhaus innove avec un programme avant-gardiste visant à connecter : l'art, l'homme et la technologie. À mi-chemin entre le modernisme occidental ( ré-imaginant les perspectives et les théories des couleurs) et le constructivisme oriental rejetant l'art autonome, le Bauhaus est une plaque tournante pour les innovations artistiques et un pont entre le socialisme oriental et le libéralisme occidental. Chez Convelio, nous pouvons confirmer que ce style n’a jamais été aussi populaire. En effet, nous expédions chaque jour des reproductions des produits Bauhaus. Par exemple, la corbeille à fruits de Josef Albers, la lampe de table Jucker-Wagenfeld, les chaises et les tables de Marcel Breuer et Mies van der Rohe, la bouilloire à thé et le cendrier de Marianne Brandt se tiennent côte à côte…

11 octobre 2019

Bérénice Robaglia