Art et Collectibles

Le Art Basel rapport 2019 - Partie 2

Notre rapport favoris à propos du marché de l’art est enfin sorti ! Découvrez les points à retenir ainsi que notre opinion sur le Marché mondial de l’art en 2018 partie 2.

Rita Hamri

10 min

Art Basel

5- Les foires d’art 

Au 21ème siècle, les foires d’art ont redéfini le concept de collectionner. Conçu comme un lieu de rencontres pour les marchands, les collectionneurs et les connaisseurs d’art, cet événement basé sur l’exposition est devenu un phénomène international, de plus en plus populaire. De plus, les foires d'art représentent une importante source de revenus pour les marchands ; en 2018, les ventes pendant les foires se sont élevées à 16,5 milliards de dollars. Aujourd’hui, plus de 300 Salons d’Art existent à l’international avec des milliers de petits salons régionaux et locaux tous avec une grande variété de spécialisation. En 2018, les marchands ont déclaré avoir dépensé environ 4,8 milliards de dollars pour assister aux foires et y exposer. Les salons d’art permettent aux galeristes de gagner en visibilité et d’ouvrir leur réseau. En effet c’est une partie cruciale du métier et la participation à ce genre d’événement est essentiel afin d’évoluer dans le secteur ; en moyenne, un marchand assiste à 4 foires par an. Ces dernières années, le monde de l’art a connu une prolifération de foires internationales avec de nouvelles thématiques, par exemple : “1-54 International Contemporary African Art Fair” (Marrakech, London and New York) dirigée par Touria El Glaoui spécialisée dans l’art africain ou “Art Central” (Hong Kong) représentant des artistes émergeants du monde entier.

6- Ventes en ligne et numérisation du monde de l’art

A- Marché en ligne et médias sociaux

En 2018, les ventes mondiales sur le marché de l’art en ligne ont atteint 6 milliards de dollars. La génération Y constituent les principaux acheteurs des sites de e-commerce. En effet, 93 % des collectionneurs de “l’Amazon Génération” ont déclaré avoir acheté de l’art sur une plateforme en ligne. Selon le rapport de Art Basel, la majorité des entreprises en ligne ont tendance à vendre des articles de moindre valeur (5000 $ ). 

Liant ce résultat avec le rapport Hiscox, il est vrai que l’un des principaux freins aux développement de cette industrie reste le paiement en ligne de montants excédant un certain seuil… Seulement les plateformes en ligne qui portent un nom établi arrivent à vendre des lots de haute valeur. Par exemple, les grandes maisons de ventes aux enchères telles que Christie’s et Sotheby’s ont généré environ 19% de leurs ventes annuelles en ligne avec 74% réalisées par le biais d’une plateforme tierce. Les “blue-chip galeries” (galeries dont la valeur des ventes augmentent, peu importe la conjoncture du marché) et les maisons de ventes mettent l’innovation et la numérisation comme une priorité. Prenons l’exemple de Sotheby’s, ils ont d’abord décidé de ne prendre aucune commission en ligne afin de stimuler leur ventes ainsi que d’acquérir une nouvelle base de clients - superbe stratégie qui a en effet fonctionnée! Deuxièmement, ils ont acquis “Thread genius” une compagnie d’intelligence artificielle qui améliore l’expérience client en ligne - idée brillante! 

Les réseaux sociaux sont des outils essentiels dans le monde de l’art ! Non seulement Instagram est aujourd’hui un moyen d’augmenter la visibilité d’un artiste mais c’est aussi un des principaux moyens pour réaliser une vente. Par exemple, le rapport en ligne d'Artprice présente une analyse réfléchie et pertinente de la force de ces réseaux sociaux dans le monde de l’art (lien ici). 

B- Numérisation = Démocratisation

De  notre point de vue, il est vrai que la prolifération des plateformes d’art en ligne a clairement ouvert le marché à un nouveau segment d’acheteurs. L’apparition de telles entreprises démontre une volonté claire de changer les choses. Selon Christensen, une innovation est le processus par lequel un secteur qui était auparavant limité à quelques-uns -  dû à sa complexité ou à son inaccessibilité au niveau des prix - est transformé en un service beaucoup plus simple, abordable, pratique et accessible à tous. En effet, le monde de l’art est un exemple parfait d’une démocratisation de l’industrie grâce aux outils numériques.

C- Les données sont de l’or

Un autre effet direct du phénomène de digitalisation est la prise d’information dans un monde opaque. En effet, la technologie apporte transparence : côte de prix, habitudes des collectionneurs… Bien que beaucoup pensaient que cela aurait une incidence négative sur le marché en termes de revenus générés et ferait éclater sa bulle d’or (car nous sommes aujourd’hui en mesure de retracer les prix et de pouvoir “estimer” la valeur réelle d’une pièce), il a été démontré qu’au contraire cela pourrait créer encore plus de valeur pour l’industrie. En effet, comme l’a déclaré Sam Orlofsky, un directeur de Gagosian : “Nous nous rendons compte que nous passons à côté de certaines ventes importantes en étant si opaque et exclusif .”. Nous pensons également que la possibilité d’accéder à ces données permet aux entreprises d’améliorer leur stratégie. Par exemple, de nombreuses maisons de ventes aux enchères investissent énormément dans des équipes de veille économique afin de recueillir, d’analyser et de traduire ces données en stratégies réelles.

D- Blockchain dans le monde de l’art

En 2018, l’utilisation du Blockchain dans le monde de l’art a généré beaucoup d'intérêt. Plusieurs idées d’entreprise sont apparues suivant la création de cette nouvelle technologie. Par exemple, les Blockchains peuvent être très profitables dans l’utilisation de la crypto-monnaie ou de “l’offre de la pièce de monnaie initiale” ; une méthode de levée de fonds fonctionnant via l'émission d'actifs numériques échangeables contre des crypto monnaies durant la phase de démarrage d'un projet - ou bien dans la création de business modèles prônant l'actionnariat fractionné des oeuvres d’art. 

Bien que tous ces sujets semblent très excitants, ce que nous voyons aujourd’hui est qu'en pratique l’efficacité ainsi que l’adoption de ce genre de technologies reste extrêmement limitée. Par exemple, la “tokenisation” de l’art que Maecenas a décidé de lancer avec ses jetons ART en 2017 a été un succès avec la vente d’une pièce d’Andy Warhol (6,5 M$ pour 49 % des actions). Cependant, depuis lors, nous voyons une certaine forme d’anxiété / réticence de la part du grand public suite aux risques de la cryptomonnaie. Vous pouvez donc imaginer que le fait d’allier Art & Cryptocurrency est proche d’un « cocktail molotov » (risque sur risque) avec deux actifs qui ont leur propre économie - et qui, ainsi rendent cette association moins populaire.

7- La richesse mondiale et les acheteurs d’art

A- L’art comme investissement alternatif 

Les ventes sur le marché de l’art sont fortement corrélées avec le niveau de richesse de l’économie mondiale. En effet, il peut être qualifié de secteur cyclique, ce qui signifie qu’en période de récession, ses recettes diminuent. Selon Art Basel, les ventes d’art depuis 2000 ont montré une corrélation de plus de 80% avec le nombre d'individu à valeur nette élevée (High Net Worth Individual, HNWI). Similaire au secteur financier, le marché de l’art prend de nombreuses variables en compte: comportement d’achat/vente, tendance du marché, aversion face au risque…  Cependant, il est important de noter que l’art est perçu comme un investissement sûr et un excellent moyen de diversifier son portfolio (investir dans un marché alternatif) lorsque les actions et l’environnement macro-économiques sont instables (en savoir plus ici).

B- Patrimoine mondial

En 2018, la richesse mondiale a augmenté de 4,6 % pour atteindre 317 milliards de dollars (Credit Suisse, 2018). La croissance annuelle la plus forte a été enregistrée aux États-Unis, qui représentent 31 % de la richesse mondiale. La part mondiale de l’Europe a chuté pour atteindre 27% de la richesse mondiale. En ce qui concerne la région Asie-Pacifique, qui a connu une croissance modeste d’une année à l’autre, sa part mondiale a diminué (p. ex., le Japon affichant la plus forte baisse). La région asiatique représentait 36 % de la part mondiale de la richesse supérieure à celle des États-Unis et de l’Europe en 2017. A titre de référence, l’Asie représente le plus important importateur d’art et d’antiquités et a connu une croissance rapide au cours de cette dernière décennie (Hong Kong en étant la raison principale grâce à ses politiques commerciales libérales créant un véritable pôle artistique).

À noter que de nombreux individus à valeur nette très élevée (UHNWIs ou aussi surnommés les “ultrariches”) sont par nature des collectionneurs d’art. En effet en 2018, sur les 200 meilleurs collectionneurs d’Artnews, 40 % sont des UHNWI listés par Forbes. D’autre part, le rapport Art Basel constate l’intérêt décroissant de l’achat d’oeuvres d’art des Millennials appartenant à une "classe sociale plus élevée." Ce phénomène semble surprenant compte tenu du niveau d’éducation de ces derniers et leur intérêt pour la philanthropie. 

C- Enquête sur les collectionneurs d’art

“Art Economics” (compagnie de recherche spécialisée dans l’économie du secteur culturel et artistique) en collaboration avec UBS nous offrent dans ce rapport une analyse des habitudes d’achat des HNWIs (Personnes considérées comme très riches et dont les actifs sont en espèces ou facilement convertibles en argent). Conduire une analyse comme celle-ci nous apparaît extrêmement difficile du fait du manque certain d’information dans ce secteur ainsi que le choix des personnes interrogées. 

Les individus interrogés sont de différentes origines (Royaume-Uni, Allemagne, Japon, Singapour et Hong Kong) et sont catégorisés en fonction de leur niveau de richesse, activité et intérêt . Dans l’ensemble, les constatations sont les suivantes :

- La taille moyenne des collections dans tous les pays est d’environ 43 œuvres d’art, le Royaume-Uni étant le premier pays.

- À mesure que la richesse augmente, la collection augmente en volume

- Le Royaume-Uni et le Japon ne se basent pas sur une stratégie d’investissement (pour de la diversification) ou sur quelconques critères financiers.

- Pour la plupart des répondants, la motivation derrière l’achat d’œuvres d’art était principalement la considération esthétique/décorative suivie par l’expression de la personnalité.

- Dans l’ensemble, les collectionneurs ont tendance à soutenir les artistes locaux un peu plus que les artistes étrangers.

- Les galeries, les marchands, suivis des ventes aux enchères sont les canaux les plus fréquents pour acheter des œuvres d’art et des objets. À noter qu’en Asie les foires d’art sont extrêmement populaires et très importants dans ce marché.

- Le recours à des conseillers ou à des cabinets de conseil en art est fréquent pour les Millennials, mais il tend à diminuer à mesure que l’âge augmente;

- Dans l’ensemble, moins de la moitié des collections sont achetées au moyen de crédits ou de fonds prêtés.

- Les chercheurs interrogés estiment que le marché de l’art est assez transparent en termes de partage de l’information.

8- Impact économique

On estime qu’en 2018, il y a 311 000 entreprises actives sur le marché mondial de l’art et des antiquités, qui emploient près de 3 millions de personnes et déboursent au total environ 20 milliards de dollars. Néanmoins, nous pensons que le manque de transparence concernant la méthodologie de collecte de ces données rend ces estimations discutables.

Conclusion 

Pour conclure, nous comprenons bien que le marché de l’art se démocratise lentement et s’ouvre à de nouveaux horizons, il demeure un secteur élitiste où la valeur est générée par les acteurs “blue-chips” et les HNWIs. Les galeries “blue-chips”, les maisons de ventes aux enchères renommées et les artistes établis gouvernent cette industrie. Depuis de nombreuses années, le dynamisme du secteur était fortement tributaire des “HNWIs” cependant l’expansion de la classe moyenne, la ludification des musées et leur transformation en “temples du 21ème siècle”, la numérisation de l’industrie (plateforme en ligne et instagram) créent une véritable dynamique de création de valeur avec des effets positifs sur la performance du secteur.

La sensibilisation à la culture est également un aspect important qui, selon nous, a été un peu survolé dans ce rapport. Les pays émergents sont de plus en plus sensibles à la préservation de leur patrimoine et à l’importance de soutenir des jeunes artistes contemporains. Pour nous le rappeler, l’art a toujours été un outil pour apporter des changements positifs, faire réfléchir et sensibiliser le monde!

2 septembre 2019

Rita Hamri